Conformité & RGPD6 min de lecture

Durée de conservation des données de prospection : la règle des 3 ans

Trois ans à compter du dernier contact : la règle est connue, son point de départ beaucoup moins. Durées par catégorie, cas de la liste d’opposition et procédure de purge.

Le RGPD n’impose aucune durée chiffrée : il pose un principe, celui de la limitation de la conservation. Les données ne doivent pas être gardées au-delà de ce qui est nécessaire à la finalité. En prospection commerciale, la doctrine de la CNIL a fixé un repère devenu la norme : trois ans à compter du dernier contact.

Ce repère paraît simple. Les questions qui font trébucher les entreprises sont ailleurs : ce qui constitue un « contact », ce qu’il faut faire à l’échéance, et le sort particulier des personnes qui se sont opposées.

Les durées par catégorie

CatégorieDurée de référencePoint de départ
Prospect n’ayant jamais répondu3 ansDernier contact émis vers la personne, ou collecte de la donnée
Prospect ayant interagi3 ansDernière interaction de sa part : réponse, clic, appel, téléchargement
ClientDurée de la relation contractuelle + 3 ansFin de la relation commerciale
Personne s’étant opposéeSans limite, en base de suppressionConservation du strict minimum : identifiant, date, canal
Pièces comptables associées10 ansClôture de l’exercice — obligation du code de commerce
Durées usuelles issues de la doctrine CNIL en matière de prospection. Elles doivent être inscrites au registre des traitements et réellement appliquées : une durée écrite et non tenue aggrave la situation en cas de contrôle.

Le paradoxe de l’opposition

Une personne qui demande à ne plus être démarchée ne doit pas être supprimée de tous vos systèmes : vous devez conserver un identifiant — email haché ou numéro — dans une liste de suppression, sans limite de durée. C’est la seule façon de garantir qu’un futur fichier ne la réintroduira pas. Supprimer entièrement l’enregistrement conduit mécaniquement à recontacter la personne, ce qui constitue le manquement le plus fréquemment sanctionné.

Qu’est-ce qu’un « contact » qui relance le délai ?

C’est le point qui prête le plus à confusion, avec un enjeu direct : selon l’interprétation retenue, une base peut être conservée indéfiniment ou doit être purgée.

  • Une action de la personne relance sans discussion le délai : réponse à un email, clic sur un lien, appel entrant, téléchargement d’un document, participation à un événement.
  • Un envoi de votre part sans aucune réaction est beaucoup plus fragile. Considérer qu’une relance non ouverte relance le délai de trois ans permettrait de conserver un prospect indéfiniment en lui écrivant tous les deux ans — ce qui vide la règle de son sens.
  • La position prudente consiste à faire courir le délai depuis la dernière interaction de la personne, et à défaut depuis la collecte. C’est celle que nous appliquons et que nous recommandons.

En B2B, la durée pertinente est souvent plus courte

Un contact professionnel de trois ans a une probabilité élevée d’avoir changé de poste : la donnée est périmée bien avant d’être illégale. Une purge à 24 mois sur les contacts n’ayant jamais réagi améliore la délivrabilité, réduit le coût de base et simplifie la conformité. La règle de conservation n’est pas un objectif à atteindre.

Mettre en place la purge

1

1. Dater chaque enregistrement

Trois champs obligatoires : date de collecte, source de collecte, date de dernière interaction. Sans ces champs, aucune purge n’est possible et aucune démonstration de conformité non plus.

2

2. Choisir entre suppression et anonymisation

L’anonymisation — suppression du nom, de l’email et du téléphone, conservation du secteur et de la taille — permet de garder des statistiques sans conserver de données personnelles. Attention : l’anonymisation doit être irréversible, sinon il s’agit d’une simple pseudonymisation, toujours soumise au RGPD.

3

3. Automatiser l’échéance

Une purge trimestrielle programmée, avec un journal de ce qui a été supprimé. Une purge manuelle annuelle n’est jamais faite.

4

4. Alimenter la liste de suppression

Toute opposition, désinscription ou demande d’effacement y bascule automatiquement, et chaque import de fichier est filtré contre elle avant intégration.

5

5. Documenter au registre

Le registre des traitements mentionne, pour la prospection : la finalité, la base légale, les catégories de données, les destinataires et la durée de conservation. C’est le premier document demandé en cas de contrôle.

Le cas des fichiers achetés

Un fichier acheté arrive avec une histoire : la donnée a été collectée à une date, par quelqu’un d’autre, sur une base légale déterminée. Cette histoire ne s’efface pas à l’achat.

  1. 1La date de collecte d’origine doit vous être communiquée, contact par contact. Le délai de conservation ne repart pas à zéro parce que vous avez acheté le fichier.
  2. 2L’information des personnes doit intervenir au plus tard lors de la première communication. En pratique, une mention dans le premier email suffit, avec un lien vers votre politique de confidentialité — voir les mentions obligatoires.
  3. 3Le filtrage contre votre liste de suppression doit précéder tout import. Un contact qui s’est opposé chez vous en 2024 ne redevient pas contactable parce qu’il figure dans un fichier acheté en 2026.
  4. 4La documentation fournie par le vendeur — base légale, origine, modalités d’information — doit être conservée. Les clauses à exiger sont détaillées dans notre article sur le contrat.

Ce qui est réellement contrôlé

Les manquements les plus fréquemment relevés en prospection ne portent pas sur la durée elle-même, mais sur trois points : l’absence de suite donnée à une demande d’opposition, l’impossibilité d’indiquer d’où vient une donnée, et l’absence de registre. Une entreprise capable de répondre à ces trois questions est dans une situation solide.

Des fichiers livrés avec leur documentation

Origine de la donnée, date de collecte contact par contact, base légale et modèle de mention d’information : la conformité se prépare avant la campagne.

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