Conformité & RGPD9 min de lecture

Prospection B2B et RGPD : ce que vous avez le droit de faire

En B2B, le consentement préalable n’est pas requis pour l’email — mais quatre conditions le sont, et l’absence de dossier documenté suffit à faire basculer un contrôle CNIL. Le point complet, canal par canal.

La prospection B2B souffre de deux croyances symétriques et également fausses : « le RGPD interdit d’envoyer des emails à froid » et « en B2B, on peut faire ce qu’on veut ». La réalité est un régime précis, plus permissif que le B2C sur l’email, mais assorti d’obligations documentaires que la plupart des entreprises n’ont jamais mises en place.

Cet article fait le point canal par canal, avec ce qui change au 11 août 2026.

Avertissement

Ce contenu est une synthèse opérationnelle à visée informative, à jour de juillet 2026. Il ne remplace pas l’analyse d’un conseil juridique sur votre situation particulière, notamment si vous adressez des travailleurs indépendants ou des micro-entrepreneurs.

Les deux textes qui s’appliquent

La prospection commerciale relève de deux régimes qui se superposent, et c’est cette superposition qui crée la confusion.

  • Le RGPD encadre le traitement des données personnelles : base légale, information des personnes, droits d’accès et d’opposition, durée de conservation, registre. Il s’applique dès qu’une donnée identifie une personne physique — y compris prenom.nom@entreprise.fr.
  • L’article L34-5 du Code des postes et des communications électroniques, issu de la LCEN de 2004, encadre spécifiquement la prospection par voie électronique et distingue le régime consommateur du régime professionnel.

Point souvent ignoré : une adresse générique de type contact@entreprise.fr ou accueil@cabinet.fr n’identifie pas une personne physique. Elle sort largement du champ du RGPD, ce qui en fait la cible la plus sûre juridiquement — au prix d’un taux de réponse plus faible.

Email B2B : opt-out, sous quatre conditions

En B2B, vous n’avez pas besoin du consentement préalable du destinataire pour lui adresser un email de prospection. Le régime est celui de l’opt-out : la personne doit pouvoir s’opposer, mais elle n’a pas eu à dire oui avant.

Quatre conditions cumulatives encadrent ce régime :

1

L’offre doit être en rapport avec la fonction du destinataire

C’est la condition centrale, et la plus fréquemment violée. Proposer un logiciel de facturation à un directeur administratif et financier : conforme. Lui proposer une offre de mutuelle individuelle ou un séjour au ski : non conforme, on retombe alors dans le régime B2C avec consentement préalable obligatoire.

2

Les données doivent avoir été collectées licitement

Sources publiques, sources ouvertes, échanges commerciaux antérieurs, enrichissement professionnel. Vous devez pouvoir répondre à la question « d’où vient cette adresse ? » pour n’importe quelle ligne de votre base.

3

L’identité de l’expéditeur doit être claire

Nom de l’entreprise, adresse électronique valide de réponse, objet du message en rapport avec le contenu. Les objets trompeurs (« Re : notre échange », « Votre facture ») sont une pratique sanctionnée.

4

L’opposition doit être simple et gratuite

Lien de désinscription fonctionnel dans chaque message, traité sous un délai raisonnable — en pratique 72 heures. Un désabonnement qui exige de créer un compte ou de répondre à un questionnaire n’est pas conforme.

Le premier email a des obligations supplémentaires

Le message initial adressé à une personne qui ne vous connaît pas doit contenir l’information RGPD : identité du responsable de traitement, finalité, origine des données, existence des droits d’accès, de rectification et d’opposition, et lien vers la politique de confidentialité. Une ligne en pied de message suffit, mais elle doit y être.

L’intérêt légitime : la base légale à documenter

La base légale de la prospection B2B est l’intérêt légitime, prévu à l’article 6.1.f du RGPD. Ce n’est pas une case à cocher : c’est un raisonnement que vous devez avoir mené et pouvoir produire.

Concrètement, il s’agit de démontrer trois choses : que votre intérêt commercial est réel et légitime, que le traitement est nécessaire pour l’atteindre, et qu’il ne porte pas une atteinte disproportionnée aux droits des personnes. Ce document s’appelle une analyse d’intérêt légitime, ou LIA.

En cas de contrôle, la première pièce demandée est rarement le fichier lui-même : c’est le registre des traitements et la base légale documentée. Un traitement dont la base légale n’est pas écrite est présumé non conforme.

Le dossier minimum à constituer

  • Registre des traitements mentionnant l’activité de prospection, les catégories de données, les sources, les durées de conservation et les destinataires.
  • Analyse d’intérêt légitime écrite, même courte : une à deux pages suffisent si le raisonnement est réel.
  • Mentions d’information intégrées aux emails et à la politique de confidentialité.
  • Procédure d’opposition documentée : qui traite, dans quel délai, avec quelle trace.
  • Liste de suppression (suppression list) conservée durablement, pour ne jamais réintroduire un contact qui s’est opposé — y compris après un nouvel achat de fichier.
  • Contrat de sous-traitance avec vos prestataires d’envoi et vos fournisseurs de données.

La liste de suppression survit aux fichiers

Erreur classique : purger la base après une campagne, racheter un fichier six mois plus tard, et recontacter une personne qui s’était opposée. La liste des oppositions doit être conservée séparément et durablement, puis appliquée en déduplication à chaque nouvel import. C’est l’un des manquements les plus systématiquement relevés.

Téléphone : ce qui change au 11 août 2026

L’article 13 de la loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 visant à lutter contre toutes les fraudes aux aides publiques inverse la logique du démarchage téléphonique. À compter du 11 août 2026, il devient interdit d’appeler un consommateur à des fins de prospection commerciale sans son consentement préalable, libre, spécifique, éclairé et univoque. La charge de la preuve du consentement pèse sur le professionnel. Bloctel, dont la concession s’achève à cette date, disparaît de fait : la liste d’opposition n’a plus d’objet dans un régime d’opt-in.

Les sanctions encourues pour démarchage illicite peuvent atteindre 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale.

Le B2B n’est pas concerné par le passage à l’opt-in

La loi vise la prospection dirigée vers les consommateurs. Appeler une personne morale, ou un professionnel sur sa ligne professionnelle pour une offre liée à son activité, reste possible sans consentement préalable, sous le régime de l’intérêt légitime. C’est un avantage compétitif net pour les entreprises dont la cible est professionnelle — à condition que le ciblage soit propre.

Deux nuances importantes, qui appellent la prudence :

  • La frontière consommateur / professionnel n’est pas toujours nette. Un travailleur indépendant, un micro-entrepreneur ou un professionnel libéral appelé sur son mobile personnel peut, selon le contexte et l’objet de l’offre, être regardé comme un non-professionnel. Sur ces cibles, la prudence consiste à traiter l’appel comme relevant du régime consommateur.
  • Le RGPD continue de s’appliquer au traitement du numéro : information, droit d’opposition, durée de conservation. Le fait que l’appel soit licite au titre du code de la consommation ne dispense de rien côté données personnelles.

Conséquence pratique : les acteurs dont le modèle reposait sur l’appel de fichiers de particuliers doivent basculer sur des bases consenties. Ceux qui adressent des professionnels voient au contraire un marché se dégager, avec des plateaux d’appel disponibles et une pression concurrentielle moindre sur les numéros professionnels.

SMS professionnel : régime plus strict

Le SMS relève de la même logique que l’email au regard de l’article L34-5, mais avec deux spécificités opérationnelles : un numéro de mobile est presque toujours une donnée personnelle, même professionnelle, et le canal est perçu comme nettement plus intrusif.

  • Mention STOP obligatoire et fonctionnelle dans chaque message.
  • Identification de l’expéditeur dans le corps du message, l’émetteur alphanumérique ne suffisant pas.
  • Créneaux d’envoi : hors dimanche, jours fériés et plages nocturnes.
  • En pratique, réservez le SMS aux contacts avec lesquels une relation existe déjà, ou aux mobiles professionnels clairement identifiés comme tels.

Durées de conservation

SituationDurée recommandéePoint de départ
Prospect sans réponse3 ansDernier contact émis ou dernière interaction
Prospect ayant interagi3 ansDernière interaction
ClientDurée de la relation + 3 ansFin de la relation commerciale
Personne s’étant opposéeDurée illimitée, en liste de suppressionDate de l’opposition
La durée de trois ans est la doctrine CNIL usuelle en prospection ; elle doit être inscrite au registre et réellement appliquée.

Cinq erreurs qui coûtent cher

  1. 1Ne pas indiquer l’origine des données dans le premier message. C’est une obligation d’information, pas une option commerciale.
  2. 2Un lien de désinscription décoratif qui ne déclenche aucun traitement effectif en base.
  3. 3Réimporter un contact opposé après un nouvel achat de fichier, faute de liste de suppression persistante.
  4. 4Adresser une offre sans rapport avec la fonction du destinataire, ce qui fait basculer l’envoi dans le régime B2C sans consentement.
  5. 5Acheter un fichier sans traçabilité. En tant que responsable de traitement, c’est vous qui répondrez de l’origine des données — pas votre fournisseur. Voir notre guide d’achat de fichier B2B.

Checklist de conformité

  • Le registre des traitements mentionne l’activité de prospection.
  • L’analyse d’intérêt légitime est écrite et datée.
  • Chaque email porte une mention d’information et un lien de désinscription actif.
  • L’origine des données est indiquée au premier contact.
  • Les oppositions sont traitées sous 72 heures et tracées.
  • La liste de suppression est conservée séparément et appliquée à chaque import.
  • Les durées de conservation sont paramétrées, pas seulement écrites.
  • Les contrats de sous-traitance sont signés avec les prestataires d’envoi et de données.
  • Les cibles professionnelles et consommateurs sont séparées dans la base, avec un régime d’appel distinct depuis le 11 août 2026.

Des fichiers documentés, source par source

Nos bases sont construites sur des sources publiques et ouvertes traçables, avec la date de vérification par ligne et la documentation RGPD associée.

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